Quel humanisme pour le 21ème siècle ?

Publié le par Oswald

 Comment en est -on arrivé là ? C'est à dire à la situation d'un homme, qui a du mal à se situer dans l'univers;

Peut-être le fait de savoir que la terre n'est pas au centre de l'univers, depuis Copernic, que l'homme descend du singe, depuis Darwin, et enfin que le moi n’est plus maître dans sa propre maison, depuis Freud, a fini par faire tomber l'homme de son piédestal. Il n'est plus le sommet de l’évolution, tel que lui faisait croire les mythes de création de la Genèse notamment.


Et puis le 20ème siècle a sonné le glas de la fin des idéologies et des maîtres à penser, nous en eu assez que l'on essaye de nous faire prendre des messies pour des lanternes: L'homme occidental a rejeté Dieu, puis ses semblables, pour se retrouver seul, face à l'immensité du monde, contraint à définir par lui-même le sens à donner à sa vie.

Issu du latin « humanitas », l’humanisme a désigné d'abord la connaissance et l'enseignement des maîtres de l'antiquité gréco-latine, et donc le mouvement qui désigne un idéal de culture et de sagesse,

-ensuite au 18ème, il désignera un courant de pensée, qui provient de la contestation des excès du cléricalisme religieux,

-enfin, il deviendra de manière contemporaine, une doctrine selon laquelle l'homme est la valeur suprême et la source des valeurs. Cela désignera la conception de Sartre, selon laquelle l’homme construit librement ses valeurs.


Nous retiendrons essentiellement la définition suivante: Mettre l'homme au centre de toute préoccupation, faire de l'homme la clef de voûte lors de toute prise de décision. Il s'agira selon Tzvetan Todorov de toute doctrine « selon laquelle l'homme est le point de départ et le point d'arrivée des actions humaines ». (5)

Les prémisses de l'humanisme ont commencé en Grèce, avec notamment Protagoras qui affirma que « l’ homme est la mesure de toute chose ». Cela va donner à homme un début d'autonomie: Un droit de penser par soi même, affirmant qu'il existe librement et individuellement la possibilité de s'approcher de la vérité, en se libérant des conditionnements sociaux, familiaux éducatifs.Mais le risque étant d’ aboutir à un relativisme moral, proche d 'un nihilisme des valeurs.


Et puis viendra l'humanisme de la Renaissance qui a approché de la représentation d'un homme « entre la Terre et le Ciel », évitant le matérialisme réducteur (l'homme comme automate mécanique) et un spiritualisme enlevant à l'homme tout rôle.

Viendra alors Rabelais, qui évoquera l' Abbaye de Thélème où il va remplacer l'édifice du culte par autant de petits oratoires privés que de thèlémites, signifiant par là l'idée que l'homme peut assumer par lui-même sa vie spirituelle, sans passer par les fourches caudines de l'autorité des clercs.


Rabelais insufflera aussi la joie, comme nouvelle méthode d'enseignement, forme de remise en question d'un magistère triste et austère, qui se prend trop au sérieux !

Et puis, autre grand moment humaniste, les Encyclopédistes, qui vont apporter une espérance fondée sur la technique et la science, ce qui va amener une lecture matérialiste, l'idée d'une domination de la nature par l'homme.


Il va se révéler une opposition importante entre un Kant (qui proposera d'utiliser son « entendement » (4)), un Rousseau, un Montesquieu (idéalistes et déistes) d'un coté et les Encyclopédistes, de l'autre. Pour les premiers la connaissance c'est le savoir scientifique et aussi l'expérience intérieure, intuitive, affective, le bonheur étant la vertu et la sagesse. Pour les seconds, il y a une rationalité scientifique pure, le bonheur étant alors synonyme de confort et de bien-être. Pour Claude Saliceti: « Les prothèses (moyens matériels, techniques) ne nous dispensent pas de l'ascèse (effort spirituel, éthique individuelle) » (3).


Enfin, une dernière étape importante existe avec Nietzsche et Sartre, qui vont faire de la volonté de l'homme, considérée comme l'expression soit d'une énergie vitale, soit d'un absolu de la liberté humaine, la seule fonction créatrice de ses valeurs éthiques (C.Saliceti).


Et puis ce courant existera aussi dans d'autres mondes, notamment en islam : L'humanisme d'expression arabe, entre 800 et 1300 environ dans le bassin méditerranéen: Bagdad, Ispahan, Cordoue, Tolède. Abu Hayyan Tawhidi (mort en 1009), a formulé l'idée humaniste que l'homme est un problème pour l'homme (Mohammed Arkoun). Mais depuis l'islam s'est malheureusement largement coupé de ce terreau humaniste. Alors comment susciter, de nouveau, au sein de l’islam, la vertu fécondante de la pensée humaniste ?

Qu'en est-il aujourd'hui de cette pensée optimiste, qui place l'homme au centre du monde ? Comment cette valeur est-elle encore porteuse de sens pour le 21ème siècle ? Quelle est la pertinence de ce courant de pensée, qui propose un « modèle humain » ?

Que ce soit dans l'archipel de l'éducation (1), ou celui de l'entreprise , de la médecine (2) , de la justice, ou encore de l'éducation, comment peut se décliner l'humanisme pour le 21ème siècle ?

Par exemple, concernant l’éducation, nous nous poserons la question de savoir si le système éducatif actuel, sous la poussée d’ Internet, doit être remis en cause ? Et ce que veux dire alors, que « faire ses humanités » au 21ème siècle ?

Il apparaît donc clairement que l'évolution de l'humanisme n'est pas un long fleuve tranquille: C'est donc un courant complexe, qui a connu différentes formes, des dérives aussi.

 Différents affluents se raccordent à ce courant, c 'est pour cela que l'étude de ceux qui ont contribué à ouvrir une voie est intéressante, afin d'identifier d'où en provient la source.

L'humanisme est né d'une réaction contre l'autorité ecclésiastique, il s'exonérera de plus en plus de la transcendance, passage obligé du « cosmos «  à « l'anthropos » jusqu'à en faire complètement abstraction: Sommes-nous allé trop loin ?

Est ce que l'humanisme doit être à ce point centré sur l'homme ? Ou doit il être centré sur le divin ?

Comment réconcilier Athènes et Jérusalem, la raison et la foi ?

BIBLIOGRAPHIE:


(1) « Le Monde de l'Education » de Juillet/Août 2006: « Penser les savoirs du 21ème siècle ».

(2) « Et l'homme dans tout ça ? », Axel KAHN, Poche Pocket.

(3) « L'humanisme a t-il un avenir ? », Claude SALICETI, Editions DERVY.

(4) « Qu'est ce que les Lumières ? », KANT, Editions HATIER.

(5) « Le jardin imparfait », Tzvetan TODOROV

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