Du Bobin, sinon rien !
De la même façon qu'à l'époque médiévale, il suffisait de quelques tréteaux pour "dresser la table", quelques chaises dépliées à la va-vite, nous ont permis hier soir, chez Serge Bessière, de "festoyer" allègrement au grand banquet des mots, dans sa librairie "Un ange passe " (à Versailles):
Au menu, une lecture gourmande des textes de Christian Bobin,l 'un des auteurs fétiches de Serge.
Une prose très poétique, des textes sous formes d'aphorismes, pour aborder la vie comme elle va, vous savez, ces petits riens qui font tout.
Rien de faisandé, donc, plutôt du bien frais, pour notre grand'faim d'une littérature qui fait sens.
De l'amuse-bouche qui taquine la papille, aux morceaux de bravoure avec ce goût plus grave et plus fort de gibier, le festin fut royal, avec trois lecteurs-troubadours vraiment passionnants:
Une Aurélie Masselot (comédienne) inspirée, un Serge Bessière, habité, ainsi qu'un Joël Robin, porté lui, par des textes plus légers (les petites annonces d'Aubin); Comme une rivière, qui coule en cascade, les mots se sont enchainés, de manière fluide et limpide, bien vite engloutis par des auditeurs réellement conquis. Un bain rafraichissant, dans une fontaine de jouvence.
Peu d'adjectifs, mais beaucoup d'images pour tenter de dire l'indicible, et des métaphores percutantes qui claquent comme des haïkus bien calibrés, voilà le style de Bobin.
Il y a du Nietzsche chez cet homme-là pour son sens de la formule, et du Giono aussi, pour son amour si charnel de la nature et des choses de la vie.
Une petite musique particulière, une façon de vous rappeler à ces évidences du quotidien:
Vous passiez devant, sans réussir à bien les percevoir, et bien Christian Bobin a su mettre les mots pour les vêtir d'habits de fête et d'ornements de roi !
Tous les grands thèmes sont abordés (ci-dessus la "comète de l'amour"), la mort, le sens de la vie, l'enfance, qui tient un grand role chez Bobin, les animaux qu'il admire, la nature qu'il révère.