Un porc-épic trop bavard
Le héros du livre est un porc-épic. Il est le double, mais pas n'importe quel double, un double nuisible, d'un certain Kibandi.
Armé de ses redoutables piquants, le porc-épic, piloté par son maître revanchard, va venger Kibandi de toutes les avanies subies dans son village: Les habitants du village se retrouvent assassinés les uns après les autres pour les motifs les plus divers.
Le style de la narration est particulier, peu de ponctuation, des phrases "proustiennes" à n'en plus finir, un peu comme une histoire que l'on raconte par oral, avec des disgressions multiples:
"Ce type avait raison mais il avait commis l'erreur d'aller relater la scène auprès du chef du village qui vint en parler à Kibandi en le montrant du doigt, nous avions mangé Ekonda Sakadé parce qu'il avait vu mon maître ma parler dans un buisson près de la tombe de Mama Kibandi, lui aussi était allé rapporter la scène au chef du village, nous avions mangé le sage et vieil Otchombé parce qu'il s'était opposé à la candidature de Kibandi au conseil du village, au motif que mon maître était et resterait un étranger"
De l'humour émaille ce livre original, notamment les commentaires du porc-épic sur le comportement des humains ("je ne peux me retenir de vous confier que je me suis laissé emporter par le destin de ce étrange porc-épic à la fois attachant, bavard, agité, très au fait de la nature humaine, et usant de la disgression comme arme jusqu'au bout afin de nous peindre nous les humains et parfois de nous blamer sans répit. Et depuis je ne regarde plus les animaux des mêmes yeux. D'ailleurs qui de l'homme ou de l'animal est vraiment une bête ?).
Récompensé par le prix Renaudot, Alain MABANCKOU vit aux Etats-Unis en Californie où il enseigne la littérature francophone.
"Mémoires de porc-épic", Alain MABANCKOU, Seuil, 16,50 euros, 289 pages