Descente hallucinatoire aux enfers

Publié le par Oswald

Tout bascule dans l'horreur pour le docteur Amine Jafaari, le jour où il apprend que sa femme s'est sacrifiée, comme kamikaze dans un attentat en plein Tel Aviv;

Bien intégré, reconnu comme un médecin efficace, habitant les beaux quartiers de la bourgeoisie, rien ne laissait prévoir un tel drame dans la vie d'Amine. Sa femme semblait heureuse, comblée, alors pourquoi un tel acte de désespoir et de militantisme extrême ?

Traumatisé, bouleversé, Amine va avant tout chercher à comprendre ce qui a pu amener cet acte: Au péril de sa vie, bousculant les deux camps, il descendra aux enfers, mais finira par un peu mieux comprendre l'indescriptible.

Ce roman a tout d'abord le mérite d'humaniser ce que peut être un attentat, car il ne s'agit plus là d'un fait divers, livré en patûre et de manière récurrente, mais d'une histoire dont l'auteur nous fait vivre la gamme des différents sentiments qui anime ses personnages.

Et puis Yasmina Khadra, par le biais de personnages de son roman, donne la paroles aux différentes thèses qui peuvent expliquer ou non un attentat. Il donne à comprendre pourquoi les  organisations terroristes sont difficiles à combattre:

"Qui suis-je pour prétendre triompher là où les services compétents se cassent les dents tous les jours ? J'ai en face de moi une organisation parfaitement huilée, rodée à travers des années de cabales et de faits d'armes et qui mène la dragée haute aux plus fins limiers des polices secrètes. Je n'ai à lui opposer que mes frustrations d'époux floué.

Et dans ce duel, il n'y a pas de place pour les états d'âme, encore moins pour l'attendrissement; seuls les canons, les ceintures explosives, les coups fourrés ont voix au chapitre, et malheur aux ventriloques dont les marionnettes se grippent".

Il y aura une confrontation intéressante avec l'un des chefs de guerre , qui sera l'occasion pour chacun d'affirmer ses arguments. 

Enfin, Amine aura le sentiment de comprendre la raison du sacrifice de sa femme: "Pour aller jusqu'à se bourrer d'explosifs et aller jusqu'à la mort avec une telle détermination, c'est qu'elle portait en elle une blessure si vilaine et atroce,  qu'elle avait honte de la révéler".

La boucle sera bouclée avec une fin à la hauteur du début dramatique, une touche poétique en plus.

Enfin, un dialogue entre Amine et un vieux sage donne une possible explication de l'auteur,  au conflit israélo-palestinien:

"-Tout juif de palestine est  un peu arabe, et aucun arabe d'israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif.

-Tout à fait d'accord avec toi. Alors pourquoi tant de haine dans une même consanguinité ?

-C'est parce que nous n'avons pas  compris grand chose aux prophéties,  ni aux règles élémentaires de la vie".

"L'attentat", de Yasmina KHADRA; Poche Pocket; 6,50 euros, 246 pages.

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