A l'initiative de Serge Bussière, libraire ("Un ange passe..."), située au 18 de l' avenue du général Leclerc à Versailles, un débat-signature avec l'écrivain François Bégaudeau s'est tenu samedi après-midi dernier;
Bien sur, une large place a été donnée au sujet du moment, à savoir l'adaptation du livre "Entre les murs" au cinéma, et la collaboration avec le réalisateur Laurent Cantet.
François Bégaudeau a expliqué comment il avait écrit ce livre, en partant de deux ans de prise de notes sur son quotidien d'enseignant. Etre précis sur les anecdotes, décrire l'ordinaire avec un effet de truculence, pour faire ressortir les éléments saillants du quotidien, voilà ce que furent ses lignes directrices pour la construction de son récit. Il évite, dans son livre, le ressentiment et les généralités, qu'il estime être les travers, en général, de ce type d'ouvrage.
Si les élèves sont gentiment égratignés, les profs ne sont pas en reste, car François avoue "la salle des profs, j'en ai fait du Ionesco", voire notamment la scène autour du thème de l'horoscope: Que les descendants de Jules Ferry, fasse à ce point fi de toute approche rationnelle remet les choses gentiment en perspective, et donne du sel aux critiques récurrentes sur la baisse du niveau des éléves de la part de nombre d'enseignants; François rappelle que l on est tous le con de quelqu'un et qu'il peut tous nous arriver d'être invité à un diner de cons, dans le rôle du con !
Pour François, l'enseignant doit postuler que ses élèves ont un cerveau et faire avec ce qu'il a, du mieux qu'il peut. Haro donc sur la sinistrose ambiante et le défaitisme pédagogique !
Echange très intéressant, qui a permis de découvrir le talent d'un écrivain ayant une forte personnalité, des idées originales et personnelles, tout en restant modeste sur un succès maintenant éclatant.
Un esprit libre donc, ayant à coeur d'exercer son esprit critique, sans esprit de chapelle, et gardant une grande lucidité sur les pièges du vedettariat. François nous as confié qu'il serait content d'écrire un prochain livre qui ne tirerait qu'à 2000 exemplaires, en l'exposant un peu moins. Il constate que la "dictature du sujet" rend difficile une expression plus personnelle, c'est pour cela qu'il estime, par exemple, que son livre " Dans la diagonale" a provoqué le plus de "perplexité".
Ci-dessous, François Bégaudeau, qui explique pourquoi la conférence de presse de Florence Aubenas, juste après sa détention, lui as semblé un évènement majeur, lui donnant envie d'écrire son ouvrage "La fin de l'histoire":
"La fin de l'histoire" a pour but de stigmatiser ce que François estime être le fait marquant de notre temps, à savoir l'avènement (même insuffisant) du féminisme. Alors qu'il est assigné au femmes, le silence et la douleur, Florence Aubenas dans cette conférence de presse, s'exprimera largement et ne tombera pas dans le rôle assigné de "mater dolorosa".
François évoque aussi ses goûts cinématographiques. Capturer le réel, montrer les corps en action, voilà ce que doit apporter le cinéma. De Buster Keaton à Rohmer, tous les cinéastes qui vont dans ce sens l'attire.
François Bégaudeau se montre perplexe sur le fait que parmi les plus grands succès français, il y ait "Les Choristes", "Amélie Poulain" et "Etre et avoir": Ce goût nostalgique pour la "France d'avant les Arabes" n'est il pas inquiétant ? Ne témoigne t il pas d'une difficulté à vivre ensemble la diversité ?
Les années soixante nous sont souvent présentées comme celles du péché originel: Décadence des moeurs à cause de Mai 68, et immigration massive qui débutera à ce moment là.
Il espère, de plus en plus, enseigner le cinéma.
Il tient en ce moment une chronique sur les livres sur les Matinales de Canal +, il parlera du livre "Sans l'orang outan" de Eric Chevillard, qu'il estime beaucoup.
Enfin, François Bégaudeau m'as donné envie de lire "Dans la diagonale", livre très construit, dans lequel il se livre à des "opérations discrètes", où "rien n'est dit", mais où il faut savoir "faire un rapprochement entre différents éléments" disposés ça et là. Je vous en reparlerai plus tard, une fois que j'aurai lu cet ouvrage, qui promet !
Alain et Martine Gottvallès, qui animent l'association littéraire "Paroles d'Encre" étaient présents. Ils organiseront le Lundi 8 octobre prochain, à l'occasion des 10 ans de leur association, une soirée-débat avec Philippe Claudel à Versailles.
L'auditoire, composé de nombre d'enseignants, a été conquis et charmé par les propos décapants et roboratifs de François Bégaudeau.
Un trublion, mal dans sa peau, a bien tenté de mettre François en défaut, en se montrant d'une agressivité pénible, et en vomissant une mauvaise foi plus qu'agaçante. François, en pédagogue aguerri, a tenté de répondre à cette diarrhée verbale, et m'as bien fait rire lorsqu'il a fini par demandé à l'hurluberlu: "Mais dites moi, ce qui ne va pas ?". Il n'y a pas que les étudiants qui savent se montrer récalcitrants, et ont besoin d'exister en s'opposant à celui qui incarne l'autorité !
Une petite fausse note, mais bien vite circonscrite, et qui ne fait, finalement, que mettre en valeur, le talent d'un écrivain qui fait, selon moi, parti des plus prometteurs de sa génération !
Je suis certain que François Bégaudeau nous surprendra avec ses prochains projets !
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